Que faire quand son Livret A est plein ?

Par Tanja Miletic · Publié le 21 septembre 2026

Vous avez atteint le plafond de votre Livret A et vous continuez à mettre de l’argent de côté ? Félicitations ! Vous avez déjà franchi une belle étape.

Mais ne vous précipitez pas sur le premier placement que votre banque vous propose…

Avant de chercher où placer votre argent, il faut d’abord commencer par se poser trois questions :

Parce qu’entre une somme dont vous aurez besoin dans six mois et une épargne destinée à votre retraite dans vingt ans, la stratégie n’a évidemment rien à voir.

Avez-vous rempli les bons livrets d’épargne ?

Cela peut paraître évident, mais certains épargnants remplissent leur Livret A alors qu’ils sont éligibles au Livret d’épargne populaire (LEP), qui est actuellement mieux rémunéré.

Depuis le 1er août 2026 :

Les intérêts de ces livrets réglementés sont exonérés d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux.

Si vous avez droit au LEP mais que vous ne l’avez pas encore rempli, il est donc assez logique de commencer par regarder de ce côté-là.

Le LDDS mérite également d’être considéré : il n’est soumis à aucune condition de ressources et permet de conserver jusqu’à 12 000 € supplémentaires sur une épargne liquide et garantie.

Mais cela amène à une autre question.

Avez-vous vraiment besoin de conserver plus de 20 000 € en épargne liquide ?

Il n’existe pas un montant universel d’« épargne de précaution » valable pour tout le monde.

Une personne salariée avec des revenus très stables, peu de charges et aucun enfant n’a pas forcément les mêmes besoins qu’un indépendant avec des revenus irréguliers, trois enfants et une maison dont la chaudière menace de rendre l’âme.

Votre épargne de sécurité doit donc dépendre de votre situation professionnelle, familiale, patrimoniale et de vos dépenses potentielles.

Et conserver énormément d’argent sur des livrets n’est pas nécessairement neutre.

Depuis le 1er août 2026, le Livret A rapporte 1,7 % par an, alors que l’Insee mesurait une inflation de 2,4 % sur un an en août 2026. La Banque de France prévoit de son côté une inflation moyenne de 2,3 % sur l’ensemble de 2026.

Et personnellement, je considère que l’inflation réelle est assez sous-évaluée (saviez-vous que les prix de l’immobilier à l’achat n’étaient pas pris en compte par exemple ?). Je m’attends donc à plutôt 3 % sur 2026, surtout vu le contexte énergétique actuel.

Autrement dit : le rendement du Livret A ne compense pas entièrement la hausse des prix, surtout en ce moment.

Cela ne veut pas dire que le Livret A est mauvais. Il remplit parfaitement sa fonction : disposer d’argent immédiatement disponible, garanti et non imposé.

Mais il n’a pas vocation à accueillir toute votre épargne pendant vingt ans.

Quand garder beaucoup d’argent disponible reste parfaitement logique

Il existe évidemment de nombreuses situations où conserver plus de 22 000 € disponibles peut être cohérent.

Vous allez acheter votre résidence principale et devez constituer un apport ? Vous changez de voiture cette année ? Vous avez de gros travaux prévus ? Un voyage important ? Une dépense professionnelle ? Des revenus particulièrement irréguliers ?

Dans ces cas-là, gardez de la marge.

L’idée n’est pas de vider son Livret A pour investir tout ce qui dépasse et de se retrouver à poil trois mois plus tard lorsqu’une grosse facture arrive.

L’argent dont vous savez que vous aurez besoin à court terme n’a généralement rien à faire sur des actifs dont la valeur peut fortement fluctuer.

L’AMF rappelle d’ailleurs que les placements risqués doivent être envisagés en fonction de l’horizon d’investissement et qu’il faut pouvoir immobiliser plusieurs années l’argent placé en unités de compte.

Maintenant que ces clarifications sont faites, passons à la vraie question : que faire une fois que son Livret A et ses autres livrets réglementés sont suffisamment remplis, lorsqu’on continue à avoir une capacité d’épargne ?

Quelles enveloppes utiliser après un Livret A plein ?

Avant de choisir un investissement, il faut distinguer deux choses :

Un PEA ou une assurance-vie ne « rapporte » donc rien en soi. Ce ne sont que des contenants avec chacun leurs conditions. Tout dépend de ce que vous mettez dedans.

Le PEA : une enveloppe particulièrement intéressante pour investir en actions

Le Plan d’épargne en actions, ou PEA, est une enveloppe destinée à l’investissement en actions.

Son plafond de versements est de 150 000 €. Il permet d’investir directement dans certaines actions européennes ainsi que dans des fonds et ETF respectant les critères d’éligibilité au PEA.

Son principal intérêt est fiscal.

Après cinq ans, les gains réalisés dans le PEA sont exonérés d’impôt sur le revenu, même si les prélèvements sociaux restent dus (et actuellement, les prélèvements sociaux s’élèvent à 18,6 % !). Les retraits effectués après cinq ans n’entraînent plus la fermeture du plan et il reste possible d’effectuer de nouveaux versements dans la limite du plafond.

Attention donc à une formulation souvent utilisée : le PEA n’est pas juridiquement « bloqué pendant cinq ans ».

Vous pouvez parfaitement retirer votre argent avant. Mais un retrait avant cinq ans entraîne en principe la clôture du plan et la perte de son principal avantage fiscal, sauf exceptions prévues par la loi.

Pour quelqu’un qui souhaite construire progressivement une exposition aux marchés actions sur un horizon long, le PEA est donc une enveloppe à connaître.

L’assurance-vie : plus souple, mais attention aux frais

Autre grande enveloppe : l’assurance-vie.

Contrairement à une idée très répandue, l’argent placé sur une assurance-vie n’est pas bloqué pendant huit ans. Il est possible de réaliser un rachat partiel ou total avant cette date.

Les huit ans correspondent essentiellement à un cap fiscal : après huit ans, les gains retirés bénéficient notamment d’un abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule ou 9 200 € pour un couple marié ou pacsé imposé conjointement.

L’assurance-vie permet par ailleurs d’investir dans des supports très différents :

Elle peut également être intéressante lorsqu’on réfléchit à la transmission de son patrimoine.

Mais il y a un point que beaucoup d’épargnants sous-estiment : les frais.

Frais sur versement, frais de gestion du contrat, frais propres aux supports, frais d’arbitrage… Ils peuvent s’empiler et réduire sensiblement la performance finale. L’AMF recommande précisément de comparer les contrats sur ce critère car les frais peuvent véritablement tuer votre performance.

Une assurance-vie chère peut transformer un bon investissement en investissement médiocre sur le long terme…

Gestion libre ou gestion pilotée ?

Une fois l’enveloppe choisie, une autre question se pose : allez-vous choisir vous-même vos investissements ou déléguer cette décision ?

En gestion libre, vous choisissez les supports dans lesquels votre argent est placé.

En gestion pilotée, vous confiez cette allocation à un professionnel qui construit et ajuste le portefeuille selon votre profil de risque et, selon les dispositifs, votre horizon d’investissement.

La gestion pilotée peut être utile à quelqu’un qui ne souhaite absolument pas gérer son portefeuille lui-même.

Mais il faut comprendre ce pour quoi vous payez…

Vous ne payez pas nécessairement quelqu’un pour « battre le marché ». Vous payez notamment pour la sélection des supports, l’allocation du portefeuille, son suivi et éventuellement son rééquilibrage.

Et les frais doivent être comparés à la valeur réellement apportée.

Cela devient particulièrement important pour les profils très prudents : si l’essentiel de votre portefeuille se retrouve investi dans des supports monétaires, obligataires ou en fonds euros, des frais supplémentaires peuvent peser fortement sur une performance déjà limitée car la performance de ces investissements est généralement faible. Dans tous les cas, ces investissements ne sont pas faits pour surperformer…

Il faut donc bien se poser la question de la gestion pilotée : parfois, il vaut mieux prendre un peu de son temps pour se former et comprendre afin de préserver un peu de performance plutôt que sacrifier vos plus-values.

À long terme, le risque n’est pas seulement de perdre de l’argent

Il existe un autre risque beaucoup moins spectaculaire : ne pas réussir à préserver son pouvoir d’achat.

C’est précisément ce que montre ce graphique de Schroders.

Graphique Schroders : fréquence à laquelle les actions américaines et le cash ont battu l’inflation entre 1926 et 2023, selon la durée de détention
Source : Schroders, Morningstar Direct et CFA Institute, données américaines de 1926 à 2023. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Sur les données historiques américaines utilisées, entre 1926 et 2023 :

Le graphique utilise les actions américaines de grande capitalisation Ibbotson SBBI et des bons du Trésor américain à 30 jours comme approximation du cash.

Il faut être très précis dans l’interprétation : cela ne signifie absolument pas que les actions sont sans risque sur vingt ans ni qu’elles reproduiront nécessairement cette performance à l’avenir.

Mais cela montre que, historiquement, sur cet échantillon américain, le risque de perdre du pouvoir d’achat a diminué avec la durée de détention des actions, alors qu’il est resté significatif pour le cash.

Des données actualisées jusqu’en 2025 aboutissent d’ailleurs à un constat très proche : 87 % des périodes de dix ans et 100 % des périodes de vingt ans observées pour les actions américaines ont battu l’inflation.

Cela remet donc en cause la pertinence des fonds monétaires sur une enveloppe long terme… surtout en gestion pilotée, vu la simplicité de ces placements et surtout leur performance globalement faible.

Faut-il forcément faire confiance à un gérant pour investir ?

Pas nécessairement.

Les études SPIVA, publiées par S&P Dow Jones Indices, comparent régulièrement les performances des fonds actifs avec leurs indices de référence.

En 2025, par exemple, 71 % des fonds actions mondiales actifs domiciliés en Europe et libellés en euros ont sous-performé le S&P World sur l’année. Et sur dix ans, l’étude institutionnelle SPIVA publiée en août 2026 constate qu’après frais, au moins 80 % des fonds actions étudiés avaient sous-performé leurs indices respectifs.

Oops…

Cela ne signifie pas qu’aucun gérant ne peut battre le marché.

Cela signifie simplement qu’identifier à l’avance ceux qui le feront durablement est difficile voire impossible puisque personne ne possède de boule de cristal.

Cela remet encore en question la pertinence de la gestion pilotée pour de simples particuliers avec des moyens modestes voire classiques.

Comment faire alors pour investir simplement, sans sélectionner soi-même cinquante entreprises ni analyser des bilans tous les week-ends ?

Figurez-vous que depuis plusieurs années, une révolution technologique s’est opérée : les ETF.

Les ETF : une façon simple d’investir passivement

ETF signifie Exchange Traded Fund.

Un ETF est un fonds coté en Bourse dont l’objectif est généralement de reproduire le comportement d’un indice : CAC 40, S&P 500, MSCI World, etc. Il existe également des ETF à gestion active, mais nous n’en parlerons pas ici.

Plutôt que d’acheter une par une toutes les actions composant un indice, vous achetez une part d’un fonds qui vous y expose en une seule opération.

C’est ce qui a profondément simplifié l’investissement indiciel pour les particuliers, et avec l’arrivée d’internet, cela a profondément transformé les usages dans le monde de l’investissement.

Plus besoin de choisir individuellement toutes les entreprises sur lesquelles investir. Un seul ETF peut permettre de s’exposer à des centaines, voire plusieurs milliers de sociétés.

Les frais des ETF sont par ailleurs généralement inférieurs à ceux des fonds traditionnels, même s’ils ne sont évidemment pas inexistants : frais de gestion, courtage éventuel, droits de garde selon l’intermédiaire, etc.

Un indice est également « auto-renouvelé »

Autre caractéristique intéressante : vous n’avez pas à décider vous-même quelles entreprises doivent entrer ou sortir du portefeuille.

Les fournisseurs d’indices définissent une méthodologie.

Lorsqu’une entreprise ne respecte plus les critères de l’indice ou qu’une autre prend sa place lors d’un rééquilibrage, la composition de l’indice évolue. L’ETF ajuste ensuite son portefeuille pour continuer à suivre cet indice.

C’est ce que j’appelle parfois le côté « auto-nettoyant » de l’investissement indiciel.

Cela reste évidemment un raccourci : un indice n’est pas magique et sa méthodologie peut elle-même avoir des limites. Mais vous n’avez pas à faire individuellement le travail de sélection de chacune des entreprises.

Quel ETF choisir pour commencer ?

Il existe des milliers d’ETF et de nombreux indices.

Pour quelqu’un qui cherche avant tout une exposition très diversifiée aux actions mondiales, les grands indices mondiaux constituent une piste simple à comprendre.

Deux indices MSCI sont particulièrement connus.

MSCI World

Malgré son nom, le MSCI World ne couvre pas l’ensemble du monde.

Il couvre les grandes et moyennes capitalisations des marchés développés. Cela exclut donc les marchés émergents. Au 31 août 2026, il contenait 1 280 entreprises.

MSCI ACWI

Le MSCI ACWI : All Country World Index ajoute les marchés émergents aux marchés développés.

Au 31 août 2026, il comportait 2 458 entreprises et couvrait environ 85 % de l’univers mondial des actions investissables en capitalisation.

Ce ne sont évidemment pas les deux seuls indices mondiaux disponibles : il existe notamment d’autres familles d’indices comme FTSE.

L’objectif ici n’est donc pas de déterminer lequel est forcément le meilleur, mais de comprendre le principe : un seul ETF peut permettre d’obtenir une diversification qu’un particulier aurait énormément de mal à reproduire titre par titre.

Quels critères regarder avant d’acheter un ETF ?

« ETF » ne signifie pas automatiquement « bon investissement ».

Avant d’en choisir un, regardez notamment :

L’AMF recommande notamment de consulter le Document d’informations clés (DIC), qui présente les risques, les frais et les principales caractéristiques du produit.

Et le risque de change ?

Dernier point qui mérite une précision.

Un ETF mondial contient généralement beaucoup d’entreprises dont les actions sont libellées dans d’autres devises.

Votre performance en euros peut donc être influencée par les mouvements de change.

Attention à une confusion courante : acheter un ETF coté en euros ne signifie pas nécessairement que le risque de change a disparu. Ce qui compte surtout, ce sont les actifs sous-jacents auxquels vous êtes exposé.

Certains ETF proposent des versions dites « hedged », c’est-à-dire couvertes contre tout ou partie du risque de change.

Cette couverture vise à réduire l’effet des variations de devises, mais elle ne l’élimine pas parfaitement et peut générer des coûts. Elle n’est donc pas automatiquement préférable dans toutes les situations.

Alors, que faire concrètement quand son Livret A est plein ?

Le fait que votre Livret A soit au plafond n’est pas en soi un signal pour vous jeter sur la Bourse.

C’est plutôt le moment de vous demander : à quoi doit servir le prochain euro que j’épargne ?

S’il doit servir dans quelques mois, il doit probablement rester sur un support très liquide et peu risqué.

S’il constitue votre épargne de sécurité, même logique.

En revanche, si vous avez déjà une épargne de précaution confortable et que cet argent peut rester investi pendant de nombreuses années, il devient pertinent de vous intéresser aux enveloppes et aux investissements de long terme.

PEA, assurance-vie, fonds euros, ETF, actions, obligations… chacun répond à des objectifs différents.

Le plus important n’est donc pas de trouver « le placement qui rapporte le plus ».

C’est de faire correspondre le placement, le risque et l’horizon d’investissement.

Sources et références

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